CMO Embarqué
Repositionnement, croissance, levée, crise : où est passé votre Marketing ?
Repositionnement, expansion forte du business, entrée d'un fonds ou marché qui se tend : ces moments clés décident de la trajectoire d'une entreprise. Lorsque le contexte change, le réflexe le plus répandu consiste à mettre le Marketing en pause.
Une erreur qui coûte souvent plus que ce que les économies engendrées ne rapportent. Voici ce qui s'y joue réellement et comment le leader Marketing et le dirigeant doivent agir.
Le réflexe de tout geler
Quel leader Marketing n’a jamais été confronté à ça ? Au moindre coup de vent, à la moindre difficulté, devoir raboter son budget de 15, 20, 25 % voire plus. Dans ce contexte, argumenter efficacement sur ce que l’on produit et propose, c’est la croix et la bannière.
Mais il ne s’agit pas de savoir si le Marketing impacte assez, il s’agit avant tout de changer le logiciel des interlocuteurs qui tiennent les budgets. Et ça, c’est un autre défi, que j’aime bien aborder chez Singularity Marketing.
Ce réflexe, on le retrouve partout où une entreprise aborde un moment charnière. Quand l'avenir devient flou, on gèle ce qui ressemble à une décision de structure : les recrutements, les chantiers longs, les investissements dont le retour dépasse l'horizon visible. Sur une majeure partie de son scope, le Marketing coche les trois cases, donc il passe en pause.
Et soyons honnêtes : vu du bureau du dirigeant ou d’un CFO / Directeur Financier, ce gel a sa logique. Une décision de structure engage l'entreprise sur une trajectoire, et le virage rend justement la trajectoire illisible. Attendre ressemble à de la prudence, le bon truc à faire.
Ce phénomène se retrouve d’ailleurs dans des études, régulièrement, et se mesure. En 2024, 329 entreprises du Fortune 500 disposaient d'un leader Marketing au sein de l'équipe dirigeante, soit 66 %, en recul de près de huit points en un an (Spencer Stuart, CMO Tenure Study 2025). C’est le Fortune 500, pas toujours représentatif. Allons voir aileurs : côté britannique, près d'un quart des marques déclarent supprimer des postes de direction Marketing sans les remplacer (Marketing Week, Career & Salary Survey 2025).
Et encore, ce sont des chiffres américains et britanniques : en France, personne ne prend même la peine de se pencher là-dessus mais il y a fort à parier que l’on trouverait la même chose, grand groupe ou PME confondues.
Le poste ne disparaît pas parce que le besoin disparaît. Il ne se crée pas, ou ne se recrée pas, parce que le contexte ne semble jamais s'y prêter. La fonction vit alors par défaut, portée par un CEO entre deux boards, éclatée entre des prestataires, des responsables Marketing qui manquent de séniorité pour embrasser le scope globalement ou des C-Levels qui se partagent les restes.
Le problème de ce gel n'est pas la prudence. C'est qu'il repose sur une erreur de lecture de ce qui se passe pendant un virage.
Un virage pour une entreprise, quelle que soit sa nature, ça se joue en deux temps.
Le premier temps, c'est la décision : nouveau positionnement, nouveau modèle, nouvelle échelle, à la hausse ou à la baisse. Elle se prend en interne, parfois en un trimestre et on avance.
Le second temps, c'est l'adoption : le moment où le marché change d'avis sur l'entreprise. Et celui-là prend des mois, voire plus. Parce que les clients, les prospects, les investisseurs et les candidats continuent de voir l'entreprise d'avant. Donc d'acheter, de valoriser et de comparer comme avant.
Le Marketing est la fonction qui pilote ce deuxième temps, en influant aussi sur le premier temps. Geler le Marketing pendant un virage revient à financer une décision et à abandonner son adoption.
L'organisation, elle, traite presque toujours ce deuxième temps comme une étape d'après. On communiquera quand ce sera stabilisé. Sauf que le retour sur tout ce que le virage a coûté dépend de la vitesse à laquelle le marché comprend la nouvelle histoire. Le Marketing ne vient pas après le virage, il travaille pendant et même avant.
Les quatre virages que l’on rencontre le plus
Voyons ce que ça donne dans les quatre virages que je croise le plus souvent. Et que n’importe quel boss de boîte va croiser à un moment de sa vie.
Virage 1 : le repositionnement stratégique
Le marché a bougé, la concurrence s'est déplacée et l'offre, elle, reste correcte. Mais c'est l'histoire qu'elle raconte qui ne correspond plus à ce que les clients cherchent à acheter ou ce qu’ils retirent vraiment du produit / service et la manière de l’exprimer.
Dans la plupart des entreprises, le repositionnement se décide en comité restreint, puis le Marketing reçoit un brief avec mission d'habiller la décision. La stratégie d'un côté, l'expression de l'autre.
C'est exactement là que ça se joue. Un repositionnement est une décision business qui s'exprime par des décisions stratégiques, créatives et tactiques ; et tout ça doit former un seul mouvement. Quand on les sépare, on obtient un nouveau discours posé sur une réalité inchangée, et le marché sent le décalage immédiatement.
Andersen Consulting devient Accenture en 2001 : le nouveau nom exprime une rupture déjà actée et un recentrage déjà décidé vers la tech, la position s’installe en quelques années. A l’inverse, Standard Life Aberdeen devient abrdn en 2021 : la créativité tourne à vide faute de décision lisible derrière, le marché se moque et l’entreprise redevient Aberdeen quatre ans plus tard. La différence ne tient pas au talent des agences, elle tient à ce qui précédait le brief (ou ce qui n’a pas existé).
Pour le leader Marketing, le travail commence par exiger sa place dans la pièce où le repositionnement se décide, pas en bout de chaîne. Il continue en séquençant l'interne avant l'externe, parce que des équipes incapables de raconter le virage le trahissent à chaque interaction client. Et il se termine par la preuve avant le discours : sans cas clients ni offre visible qui incarnent le nouveau positionnement, le marché entend une promesse, pas un changement.
Virage 2 : le changement d'échelle
La croissance s'accélère, un nouveau pays s'ouvre, l'entreprise sort du modèle où les fondateurs portent la vente. Ce qui a créé la traction jusqu'ici, le fondateur qui vendait lui-même, les premiers clients devenus ambassadeurs, un bouche-à-oreille dense, ne tient plus la charge.
Si on a les moyens, le réflexe consiste à tout industrialiser en masse : on recrute, on déploie les playbooks du secteur, on empile les outils. Et l'entreprise se met à ressembler à ses concurrents dans sa façon de se présenter et de vendre.
Ce qui se joue ici porte un nom : la normalisation. En répliquant les recettes qui marchent partout, l'entreprise gagne du volume et dilue ce qui la rendait désirable. Le travail du Marketing dans ce virage consiste à industrialiser la distribution sans normaliser la singularité. À l'international, le même problème se pose autrement : le nouveau marché ne connaît rien de l'histoire, il faut la raconter depuis le début sans la diluer.
Le leader Marketing commence par nommer précisément ce qui a créé la préférence initiale, parce qu'on ne protège pas ce qu'on n'a pas identifié. Il décide ensuite, explicitement, ce qui reste artisanal et ce qui se systématise. Puis il construit la machine autour de cette singularité plutôt qu'à sa place. Certaines choses ne se délèguent pas encore à ce stade, et le reconnaître fait partie du travail.
Virage 3 : le moment capitalistique
Une levée se prépare, un fonds entre au capital, un LBO se structure ou une cession s'esquisse. L'entreprise doit convaincre un public qui ne lui ressemble pas : des investisseurs qui lisent des marchés, des positions et des multiples avant tout.
Le réflexe consiste à considérer que le sujet appartient au CEO et au CFO, avec un deck et un banquier d'affaires. Le Marketing continue sa production comme si de rien n'était.
Pourtant l'equity story est un objet Marketing que personne n'appelle Marketing mais qui en est, de A à Z. La catégorie qu'on occupe, la préférence qu'on peut démontrer, le pricing power qu'on documente : c'est ce qu'un investisseur price, au-delà des flux du trimestre. Si personne ne construit ce dossier, l'histoire s'écrira quand même, mais par d'autres, généralement en rangeant l'entreprise dans la grille de lecture du fonds; pas toujours la plus judicieuse. Une entreprise qui laisse d'autres raconter son histoire les laisse aussi fixer son prix.
Le leader Marketing change ici de destinataire. Il produit, en plus des métriques d'acquisition, celles qu'un board lit : position dans la catégorie, préférence démontrée, justification de la stratégie de prix; même quand on ne le lui demande pas expressément. Il doit travailler la visibilité de l'entreprise là où les investisseurs regardent, des mois avant l'ouverture du process. Et il prépare la marque à la due diligence comme la Finance prépare les comptes, parce qu'elle sera scrutée avec la même exigence et qu'elle pèsera dans le prix (c’est ce qu’ambitionne le leader Marketing en place, tout du moins).
Virage 4 : le retournement de marché
Le marché se durcit, les cycles de vente s'allongent, les clients renégocient et les coupes de budget arrivent au détour d’une réu du lundi matin. Le budget Marketing fait souvent partie des premiers à sauter, non par jugement sur la fonction, mais parce que c'est la ligne qui se coupe avec le moins de friction. Cette mécanique est connue, inutile de la redétailler ici.
Ce qui mérite votre attention, c'est ce qui se passe côté marché pendant ce temps. Quand les volumes baissent, la bataille se déplace sur la marge. Les acheteurs potentiels encore dans les parages comparent plus durement et négocient plus fort. Ce qui protège le prix à ce moment précis, c'est la préférence construite avant et entretenue pendant. Une entreprise qui coupe tout ce qui entretient sa préférence gagne un ou deux trimestres d'EBITDA mais ouvre la porte de la spirale du discount, dont on ne sort qu'en cassant à nouveau les prix.
On est déjà toutes et tous passés par là et on connaît l’aspect délétère de cette situation.
Mais il faut le dire aussi, ne jouons pas les faux justiciers : le dirigeant qui coupe n'a pas toujours tort. Une partie des dépenses Marketing peut mériter de sauter, dans toutes les entreprises. “Doit” même parfois, bon gré mal gré. Le vrai travail, il est dans le tri.
Le leader Marketing arrive donc à l'arbitrage avec ce tri déjà fait : d'un côté ce qui protège la marge, la préférence, la position, la relation aux clients existants ; de l'autre ce qui achète du volume à court terme. Il défend ce qui reste en langage de P&L plutôt qu'en langage de marketeur. Et il documente le pricing power pendant la tempête, parce que c'est exactement là qu'il se voit le mieux : ce que les clients continuent de payer sans négocier quand tout le monde négocie, aucun tableau de bord ne le raconte mieux.
Ce que ces quatre moments ont en commun
À chaque fois, c’est la même chose : la réussite du virage abordé par l’entreprise passe par un basculement de perception que le marché n'opère pas spontanément au rythme dont l'entreprise a besoin.
Soyons précis sur ce point, parce que c'est là que le discours Marketing exagère souvent : des virages réussissent sans Marketing structuré. Le produit porte, les commerciaux compensent, le timing est le bon, par hasard, mais c’est le bon. Personne ne peut refaire le match et prouver que ça aurait été mieux autrement. Ce qu'on sait en revanche, c'est qu'un virage laisse alors du potentiel non travaillé, et que ce potentiel se paie quelque part : des cycles plus longs, des prix plus négociés, une valorisation en dessous de ce que la position réelle aurait permis.
Le virage a un coût certain, dont on ne se rend compte que trop tard. Ce qu'il rapporte dépend de son adoption par le marché et cette adoption se travaille.
Reste la question du temps : une entreprise en régime de croisière peut construire sa fonction Marketing tranquillement, recruter, monter l'équipe, apprendre. Une entreprise en plein virage compresse ce temps : la fonction doit être au niveau maintenant, pas dans neuf mois. Cinq modèles d'externalisation cohabitent aujourd'hui pour répondre à ça, mon comparatif complet est ici.
Quand le virage arrive et que la fonction n'est pas prête, c’est le vrai problème.
Tout ce qui précède s'adresse d'abord au leader Marketing en place. Un CMO salarié qui traverse un repositionnement ou un retournement et qui s'y adapte, ça existe partout. C'est même le premier lecteur que j'espère pour ce texte.
Cette dernière partie s'adresse à une autre situation, que je croise de plus en plus : celle du dirigeant dont la fonction Marketing n'est pas armée au niveau que le virage exige, au moment où il arrive. Le poste n'a jamais été créé, ou il existe un cran en dessous de l'enjeu, ou le CEO porte la fonction entre deux boards, ou le responsable / leader Marketing a lâché l’affaire.
Recruter en plein virage relève alors de l'acrobatie : le temps manque, la visibilité encore plus et le profil qu'il faudrait engage un pari difficile à assumer. C'est pour cette situation précise que j'ai construit le format CMO Embarqué : une direction Marketing portée par un senior, en présence dense, dans un engagement qui dure ce que le virage dure. Ce n'est pas la seule réponse possible, mais elle est pensée pour ce moment-là.
Quand une entreprise change, évolue ou se fait bousculer, son dirigeant n’en est pas toujours responsable. Parfois il subit le virage et il doit s’y adapter. Mais mal positionner le rôle du Marketing et sous-estimer ce qu’il peut apporter à son business, ça c’est une erreur que l’on voit trop souvent et que le boss d’une entreprise se doit de corriger.
A ce titre, ce qu’un CMO Embarqué peut vous apporter est une évidence que n’importe quel dirigeant devrait creuser davantage.
Questions fréquentes
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Il est tout à fait compréhensible d’en passer par là, mais pas en bloc. Une partie des dépenses achète du volume à court terme et peut sauter ; une autre protège la marge, la préférence et la relation aux clients existants. C'est la dernière chose à couper quand les volumes baissent. Le bon réflexe n'est pas de défendre l'enveloppe globale : c'est d'arriver à l'arbitrage avec le tri déjà fait et de le défendre en langage de P&L, aux côtés du leader Marketing / Comm en place.
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Il contribue à préparer le second public de l'entreprise : les investisseurs. L'equity story, la position dans la catégorie, la préférence démontrée et le pricing power documenté pèsent dans la valorisation au-delà des flux du trimestre. Ce travail commence des mois avant l'ouverture du process, pour que l'histoire soit écrite par l'entreprise plutôt que par la grille de lecture du fonds.
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Avant que le virage soit amorcé, pas après. Un virage se joue en deux temps, la décision puis son adoption par le marché ; le Marketing pilote le second tout en influant sur le premier. Si la fonction n'est pas au niveau quand le virage arrive, le temps d'un recrutement classique manque souvent. C'est la situation pour laquelle des formats comme le CMO Embarqué existent.
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C'est un modèle plus engagé que le temps partagé : un directeur marketing senior, en présence dense, sur une durée de 12 à 18 mois, voire plus. Sa raison d'être n'est pas de superviser à distance, mais de porter et transformer la fonction Marketing pendant un moment décisif.
Au fond, la vraie question n'a jamais été « Dois-je faire apple à un externalisé ou pas ? ». Elle a toujours été : quel modèle dois-je choisir selon le virage qui se présente pour mon entreprise ?
Si votre contexte exige que quelqu'un porte vraiment la fonction, le temps de passer le cap et d’adresser les challenges qui se présentent, vous ne cherchez pas un directeur marketing externalisé : vous cherchez un CMO Embarqué.